Dans un rapport publié ce mois-ci, l’organisation Ius Stella dénonce les conséquences alarmantes de l’opération Ndobo, lancée en décembre 2024 par le Ministère de l’Intérieur congolais. Officiellement destinée à lutter contre la criminalité urbaine et le phénomène dit « Kulunas », cette opération s’est rapidement transformée en une campagne d’arrestations massives, ciblant particulièrement les jeunes en situation de rue, y compris des mineurs.
Depuis la levée du moratoire sur la peine de mort en mars 2024, la République Démocratique du Congo a renoué avec des pratiques d’une extrême gravité qui bafouent les principes les plus fondamentaux de justice. Le rapport de Ius Stella met en lumière des violations systématiques du droit à un procès équitable: le jugement de civils par des juridictions militaires, l’absence de représentation légale, les condamnations collectives, la manipulation de l’âge des mineurs, et le transfert de détenus dans des prisons éloignées avant leur jugement définitif.
Plusieurs cas documentés dans le rapport illustrent cette dérive, notamment celui de Dieumerci Ndombasi Kiala, choriste arrêté en décembre 2024 sans motif apparent et jugé sans avocat en cinq jours. Il a été transféré à la prison militaire d’Angenga, dans la province de la Mongala, où les conditions de détention mettent sa vie en danger. Un autre exemple est celui de Samuel, 17 ans, orphelin vivant dans la rue, arrêté pour “vagabondage” puis accusé de “terrorisme” sans preuve. Il n’a été acquitté qu’après l’intervention de l’avocat mis à sa disposition par l’ONG « Les Anges Ecoliers » dont il suivait le programme de réinsertion.
Tous les détenus, y compris ceux non condamnés à mort, subissent des conditions de détention dégradantes : surpopulation, absence de nourriture, d’eau potable et de soins médicaux, violences, isolement total. Certains, bien que non condamnés à mort, risquent de mourir en détention. Cette situation équivaudrait, dans les faits, à des exécutions extrajudiciaires.
Ius Stella appelle les autorités congolaises à suspendre immédiatement toutes les exécutions prévues, à réexaminer les condamnations prononcées dans le cadre de l’opération « Ndobo », et à garantir un accès effectif à une défense pour tous les détenus. L’organisation demande également l’amélioration urgente des conditions de détention et une protection renforcée pour les mineurs, conformément aux obligations nationales et internationales de la République Démocratique du Congo.
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Vous pouvez télécharger le rapport complet ici.